En com, on appelle ça « la stratégie du chat ». Quand une entreprise est trainée dans une histoire dont elle sent que le rapport de forces ne sera pas en sa faveur, elle doit rebondir très vite pour ramollir les oppositions, et dans le meilleur des cas, retourner la situation.

Google est submergé par les demandes au nom du droit à l’oubli, près de 250 000 pages web à ce jour. Et des demandes plus ou moins farfelues ont du jaillir. Aucune surprise quand au fait que les français sont dans le top 1 des demandeurs. On ne faillit pas à notre réputation de râleur. Bref, après une ouverture aux 70 000 requêtes  recensés et un site internet ouvert pour réagir sur la décision de la Cour Européenne (contre c’est mieux), Google nomme un comité consultatif de 10 « experts ». Ce comité devra réfléchir sur les enjeux du droit à l’oubli, consulter et éditer un rapport, prévu début 2015, qui le guidera  dans sa gestion de ce droit. En communication, rien à dire sur la méthode Google, car ce comité d’experts, derrière ce que l’on peut nommer un coup de com, est posé le sujet de la confiance des citoyens envers le web et le rôle que doit y jouer Google.

Le droit à l’oubli, ce n’est pas à Google, ni à celui qui est concerné, de décider si on devait l’oublier ou pas. C’est l’affaire de règles claires et d’un processus opposable. Dans nos démocraties, nous avons un système judiciaire qui est là pour condamner ou disculper. Ses décisions sont opposables. La discrimination, la diffamation, l’acte raciste, l’usurpation d’identité existent en droit et ce droit s’applique quel qu’en soit le support. Le web ne doit pas devenir une zone de non-droit. Il est donc compréhensible que des supports presse s’insurgent de voir certains de leurs articles disparaître du web, même s’ils en ont été informés par Google.

Quand un support presse est condamné, il peut être contraint par jugement à mettre en une un bandeau (print ou web) faisant état de sa condamnation et du préjudice provoqué. Quand un internaute diffame un restaurant, il peut être condamné par les tribunaux. Dans le monde réel, quand un justiciable a fait de la prison, la société lui accorde un droit à l’oubli par effacement de son casier judiciaire (40 ans pour les faits les plus graves), sauf en cas de crime contre l’humanité. Et puis, on peut tout simplement entrer directement en contact avec le site source en question, car supprimer un lien ne supprime pas l’information.

Alors, ne demandons pas à Google d’être un arbitre des besoins des entreprises, des institutions, des gouvernements, des individus à vouloir se faire oublier. Si on laisse Google se dépétrer seul de ce sujet, c’est le web que l’on va tuer.

Quant aux cuites mémorables que l’on a prises, photographiées ou filmées, et qui sont vues par un futur employeur potentiel, il ne faudra pas compter sur le recruteur pour faire la part des choses… Au final, cela signifie aussi que le web est un terrain avec des milliards de spectateurs potentiels, où l’on doit se construire une image de marque. Et qui dit image de marque, dit maitriser sa propre communication, être son propre media. Et si l’on veut y échapper, ne pas être sur le web est aussi un acte de communication, qui peut parfois se retourner contre les entreprises, mais jamais contre les particuliers.